• Les arbres et les plantes de Yule (1ère partie)

    Dans cet article, qui fait suite à celui sur Yule et les origines païennes (et surtout nordiques) de Noël, je vais insister plus particulièrement sur la symboliques des plantes et des arbres fétiches de cette fameuse fête de Yule, qui se retrouvent plus ou moins dans notre Noël d'aujourd'hui.

    Les arbres et les plantes de Yule

    Oh! Oh! Oh! Voici les plantes emblématiques de Yule et de Noël: le gui, le houx et la pomme du pin... d'un pin

     

    Une légende allemande raconte ceci à propos de l'origine du fameux sapin de Noël:

    Par une nuit d'Hiver clair, un bûcheron, en rentrant de chez lui, fut émerveillé par le spectacle magnifique des étoiles brillant à travers les branches d'un sapin recouvert d'un manteau de neige.

    Lorsqu'il rentra chez lui, il voulut raconter la chose merveilleuse qu'il avait contemplé dans la forêt. Pour cela, il coupa un petit sapin qu'il présenta à sa femme et qu'il recouvrit de bougies allumées représentant les étoiles qu'il a vu briller et des rubans afin de représenter la neige et la glace qui recouvrait alors le sapin.

    Les voisins du bûcheron et de sa femme, et les enfants en particuliers, furent tant ravis par ce beau sapin que bientôt, toutes les maisons eurent par la suite leur arbre de Noël (maintenant, personnellement, je préfère utiliser un faux sapin en plastique ou quelque-chose du genre, afin de ne pas contribuer à l'abattage de ces nobles rois de la forêt à la si belle parure, qui dépérissent dans nos maisons avant d'être jetés ou abandonnés comme de vieux outils cassés... bref, c'est comme qui dirait un peu plus écologique, non?).

    Les arbres et les plantes de Yule

    Un sapin de Noël traditionnel décoré en pleine forêt

     

    D'autres légendes très belles et très intéressantes existent au sujet du sapin de Noël et de sa décoration, mais je vais les laisser de côté dans cet article (du moins pour l'instant) pour mieux me concentrer sur les symboliques végétales païennes nordiques (et éventuellement finnoise ainsi-que celtique) de Noël/Yule.

    Le sapin a une symbolique importante dans la culture païenne scandinave, mais aussi finnoise. C'est en tout cas ce que peut nous montrer la cosmogonie de la mythologie finnoise:

    Le monde serait né de l'explosion de l’œuf d'une canne, dont le haut de la coquille forma la voûte céleste. Or, la voûte céleste serait soutenue par une immense colonne, qui joindrait alors la terre et l'étoile polaire. Il se trouve également que ladite colonne ainsi-que le ciel sont en rotation, ce qui expliquerait donc le mouvement des étoiles, ainsi-que la formation au niveau du sol d'un immense tourbillon, sensé donner accès au Tuonela, autrement dit le Monde souterrain des morts. Or, dans certaines versions de ce mythe, la fameuse colonne ne serait autre qu'un très grand sapin. Cela expliquerait alors en partie les origines de notre cher sapin de Noël: le sapin serait la colonne soutenant la voûte céleste, l'étoile qui décore parfois le haut du sapin serait quant à elle l'étoile polaire. Les boules accrochées aux branches seraient en revanche les planètes en rotation autour de la colonne et du ciel, et enfin les guirlandes symboliseraient la voie lactée.

    Les arbres et les plantes de Yule

    Voici la structure du monde selon la mythologie finnoise. En A: la voûte céleste; en B: l'étoile polaire; C: la colonne (parfois figurée comme étant un sapin); D: le tourbillon servant de passage vers Tuonela; E: Pohjola (lieu mythique équivalent aux régions polaires, où vivent notamment les Saamis); F: les régions du monde habitables pour les humains; G: Lintukoto, autrement dit les limites de la Terre (qui est plate dans la mythologie finnoise); H: Tuonela, le monde des morts, très certainement situé sous la terre

     

    Le pin ou le sapin (au feuillage persistant, comme la plupart des arbres de la famille des conifères) ainsi-que le gui et le houx sont des plantes emblématique du solstice d'hiver, de Yule et plus tard de Noël, en grande partie car ils restent verts et vivants même durant les mois d'Hiver. Cela fait d'eux des symboles végétaux de vie éternelle et de renaissance de la nature et de la vie, qui commence discrètement au solstice d'hiver et qui s'affirme vraiment au printemps (qui commence dès le 1er février contrairement aux dates officielles qui ne tiennent pas vraiment compte du cycle de la nature comme le faisaient nos ancêtres animistes et païens). Ces plantes symbolisent l'espoir du retour de la lumière et de la vie tandis que règne le froid et les ténèbres hivernaux. Ce sont ces attributs qui ont également hissé le gui aux rang de plante sacrée des druides celtes. Ainsi au solstice d'hiver est brûlé le gui ancien (celui du solstice d'hiver de l'année précédente) et cueilli le gui nouveau qui sera conservé jusqu'au solstice de l'année prochaine comme protection, et ainsi de suite, afin de symboliser le renouvellement perpétuel du cycle de la vie.

     

    Les arbres et les plantes de Yule

    Un druide en train de cueillir le "gui de l'an neuf" lors du solstice d'hiver

     

    Un mythe scandinave permet également de mieux comprendre la place particulière du gui dans les festivités du solstice d'hiver, de Yule et de Noël. Il s'agit du mythe le plus connu de cette mythologie où cet plante est présente: celui de la mort de Balder.

    Balder, fils d'Odin et dieu de la beauté et de la lumière (une sorte d'Apollon nordique si vous voulez), est réputé pour sa beauté, sa pureté et son innocence. Cependant, dans le mythe en question, il est tourmenté les nuits par d'horribles cauchemars où il se voit mourir. Frigga, déesse-mère et elle-même mère de Balder, s'inquiète pour son fils, pour qui elle est prête à tout afin qu'il ai un vie paisible et sereine. Et pour cela, elle fait jurer tous les êtres vivants, végétaux et animaux, des plus inoffensifs aux plus dangereux, de ne jamais faire de mal à ce dieu pur et innocent, ce qui se révèle être une chose facile, car Balder est très populaire dans tout les neuf mondes d'Yggdrasil (l'arbre monde de la mythologie scandinave). Le fils de Frigga est donc en théorie invulnérable... ce qui fait grincer des dents le dieu fourbe est trompeur qu'est Loki, jaloux de la popularité de Balder. Il cherche donc à trouver une faille à l'invulnérabilité de son rival afin de l'éliminer une bonne fois pour toute. Et c'est alors que ce dieu des tromperies et des métamorphoses prend l'apparence d'une vieille femme afin d'approcher Frigga et d'obtenir sa confiance. Alors, la fameuse déesse-mère lui avoue qu'elle n'a pas pensé à faire jurer le gui, si frêle et si fragile. Loki s'en frotte les mains à l'avance, car il croit avoir trouvé la moyen de se débarrasser de Balder! 

    Les autres dieux d'Asgard s'amusant à lancer des objets contondants, des armes et des projectiles sur Balder invincible, Loki va vers le frère de ce dernier, Hoder, un dieu aveugle et sombre, qui entretient un amour fraternel très fort avec son frère et qui vit d'ailleurs dans la même demeure que lui et Nanna (la femme de Balder, déesse du printemps). Loki va donc vers le frère de Balder et lui demande pourquoi il ne va pas jouer avec les autres. Ce dernier lui répond qu'à cause de sa cécité, il ne peut pas viser correctement. Loki propose donc de guider sa flèche. Mais Loki le fourbe, à la place d'une vraie flèche, glisse un rameau de gui dans la main du dieu aveugle qui ne se rend compte de rien, et lorsqu'il décoche sa "flèche", malheur, car le dieu Balder meurt sur le coup!

    Les arbres et les plantes de Yule

    Peinture représentant la mort de Balder

     

    Alors, Freyja, la déesse de l'amour et de la beauté, éperdue de tristesse et de douleur face à la mort de ce dieu si attachant et si pur, supplie les dieux de redonner vie à Balder, et promet en échange d'embrasser quiconque passera sous le gui alors suspendu à une branche d'arbre. Et arrive ce qui devait heureusement arriver: Freyja embrasse la première personne étant passé sous le gui et Balder ressuscite miraculeusement. Frigga ordonne ensuite au gui de rester aux branches des arbres et de ne jamais redescendre sur le sol. C'est ainsi-que commença selon la mythologie nordique la carrière du gui, qui n'avait pas juré obéissance auprès des dieux tout puissants et qui devint par la suite la plante sous laquelle on s'embrasse le jour de Noël afin de se porter chance et, d'une certaine manière, de permettre la renaissance de la lumière et de la nature durant les rudes mois d'hiver où la vie et la nature sont comme endormies. *

    De plus, cela explique également d'une certaine façon pourquoi n'est jamais en contact avec le sol tout au long de son cycle végétatif. Et chez les Celtes, en revanche, les druides faisaient en sorte de respecter cette règle, en recueillant le gui récolté le jour du solstice d'hiver dans un tissu blanc, de manière à ce qu'il ne soit pas en contact avec la terre du début à la fin de la cérémonie du solstice d'hiver, ni jamais. Le gui est en effet chez les Celtes une plante sacrée, envoyée par les dieux du ciel, accrochée à un arbre, entre le ciel où vivent les dieux et la terre habitée par les mortels. Le gui est donc considéré comme un intermédiaire entre les dieux et les hommes, entre le ciel et la terre, et ne doit normalement entrer en contact ni avec l'un ni avec l'autre, afin de maintenir cet équilibre divin.

    Les arbres et les plantes de Yule

    Un druide s'apprétant à ceuillir le gui, plante sacrée envoyé par les dieux du ciel

     

    Le houx est une autre plante symbolique de Noël, car son feuillage persiste même en hiver et reste vert. Idem pour ses baies qui d'une part restent rouges vifs malgré la froidure de l'hiver, mais qui sont toxiques d'autres part. C'est donc un symbole paradoxal de vie et de mort, de putréfaction et de renaissance de la nature et de la vie, car cette plante aux baies toxiques reste fertile et vivace tandis que tout gèle et tout dort autour d'elle. Son importance est également soulignée par un mythe celte, à savoir la célèbre histoire d'amour de Tristan et Yseult, reprise par la littérature courtoise médiévale et chrétienne d'Occident (dont je parlerai dans un prochain article).

    Le houx est d'autant plus lié à la fête de Yule que celle-ci est sensé commémorer la mort du "Holly King" (le "Roi de Houx"), auquel succède le "Oak King" (le "Roi de Chêne"): cette sorte de passation de pouvoir entre ces deux dieux sylvestres de la mythologie scandinave pourrait représenter d'une certaine manière le passage avant l'heure de l'hiver, saison froide et sombre où seul quelques plantes tel-que le gui, le houx ou les conifères restent verts et continuent à porter leur fruit, au printemps, qui marque le retour à des temps de lumière et de chaleur ainsi-que le règne des arbres au feuillages caducs à l'instar du chêne. N'oublions pas que c'est après le solstice d'hiver que les jours commencent à rallonger.

    Les arbres et les plantes de Yule

    Le "Oak King" à droite, dieu-arbre du printemps; et le "Holly King" à gauche, dieu-arbre quant à lui de l'hiver.

     

    Avant de clore cet article, je vais vous faire part de ma réflexion sur le fait que c'est le dieu Cernunnos qui est associé aux festivités du solstice d'hiver et de Yule dans sa version celtique. Je pense en effet que si c'est un dieu-cerf qui préside à cette fête, ce n'est pas vraiment un hasard: un effet, le dieu-cerf Cernunnos est connu pour porter des bois, comme ses frères cervidés. Or, souvenez-vous que les cerfs perdent leur bois en hiver, et que ceux-ci repoussent au printemps. Ainsi, au coeur de l'hiver où les cerfs perdent leur ramure, Cernunnos représente l'espoir du retour de la lumière et du soleil, où les cerfs pourront voir leur cher ramure orner à nouveau leur têtes. C'est peut-être en partie pour cela qu'ensuite le renne est devenu l'animal fétiche du Père-Noël, celui qui tire son traîneau, certainement par amalgame avec le cerf, et aussi probablement pour correspondre à l'aspect plutôt nordique de Yule et de Noël. Ceci dit, les rennes quant à eux ne perdent pas leur bois en hiver... mais bon, il me semblait intéressant de vous faire part de cette petite réflexion personnelle. happy

    Les arbres et les plantes de Yule (1ère partie)

    Cernunnos, avec de petits airs de Papa Noël afin de correspondre aux symboles de Yule (couleurs rouge et verte, couronne de houx et de sapin...) et un nouveau-né dans les bras, qui serait peut-être l'enfant-solaire naissant du solstice d'Hiver qui, à l'exemple de Phoebus (Appolon) ou Mythra, représente la renaissance du soleil lors du Solstice d'Hiver, quand tout à l'air sombre et froid

     

    Je parlerai des origines païennes et nordiques de la bûche de Noël dans un prochain article, afin d'alléger quelques peu celui-ci. En attendant, bonnes fêtes de fin d'année et surtout bonne année! Que le brai de Cernunnos vous apporte chaleur et réconfort en ces temps rudes de l'hiver, en attendant la victoire du printemps, lorsque les agneaux naîtrons et que les feux d'Imbolc brûleront à nouveau (le premier février).

     

     

     

     

    * Il existe une autre version de ce mythe, plus répandue, où Balder meurt sans pouvoir être ressuscité par les dieux d'Asgard, et où il ne ressuscite qu'après le Ragnarok (Crépuscule des Dieux suivi de la naissance d'un nouveau monde). Mais j'en parlerai plus une autre fois. wink2


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