• Yule et les racines païennes de Noël

    En cette période de fêtes hivernales, je pense qu'il est important d'écrire un article sur Noël et ses origines païennes (et nordiques), car cette fête n'est pas d'essence chrétienne. C'est le Christianisme qui l'a en quelque sorte "volé" à d'autres cultures afin de les manipuler pour mieux les détruire (bon, assez de cynisme, même si il parle d'une vérité qui fait mal...).

    En effet, Noël a des origines païennes diverses, qu'elles soient indo-iraniennes, romaines ou germano-nordique, avec respectivement le culte de Mithra, ou Sol Invictus ("Soleil Invisible" en romain), les Saturnales romaines, en l'honneur du dieu Saturne (ou Cronos chez les Grecs) sous le règne duquel le monde aurait connu l'Âge d'Or, Yule (prononcé "Youl"),Jull en Danois, Jul en Suédois, Yuletide en Anglo-saxon ou Jól en Norrois (Norrois= Langue parlée par les anciens Vikings). La plupart de ces fêtes avaient pour origine le but de fêter le solstice d'hiver le début de la nouvelle année.

    Yule et les racines païennes de Noël

    Joyeux Yule à tous et à toutes ! happy

     

    Cependant, le culte païen qui a le plus influencé notre fête traditionnelle de Noël, c'est le Yule germano-nordique. Cependant, je vais tout de même revenir un peu sur les autres cultes, mais plus briévement.

    Le culte de Mithra (ou Mithraïsme) est d'origine indo-iranienne, et a été introduit à Rome entre le 1er et le 2ème siècle après J. C. Mithra est un dieu du soleil et de la lumière que serait né de la déesse Anahita/Nahid (parfois surnommée la "Anahita, Vierge immaculée, mère du seigneur Mythras") le 25 décembre, ce qui explique en grande partie pourquoi l'empereur Constantin, converti au Christianisme, décida d'établir le jour de Noël, c'est-à-dire celui de la naissance du Christ, le 25 décembre, afin d'usurper la place du Mithraïsme, qui d'ailleurs concurrencé fortement le Christianisme à cet époque... et pour éliminer les cultes païens en copiant leurs traditions afin de les empêcher de pratiquer librement leur foi. Le dieu Mithra, d'après la mythologie persane, est un dieu rédempteur monté sur un char solaire qui triomphe des ténèbres et du froid, symbolisant le retour, lentement mais sûrement, du soleil et de la lumière. Toujours d'après la légende, le dieu Mithra aurait tué un taureau sur l'ordre du soleil, et le sang du bovin arrosa la terre et permit à la nature de renaître... ce sacrifice est sensé se reproduire tout les ans, afin de permettre le réveil de la vie et de la nature après leur sommeil hivernal. En effet, après le solstice d'hiver, les jours commencent à rallonger.

    Yule et les racines païennes de Noël

    Le sacrifice du taureau céleste par le jeune dieu solaire Mythra. Cependant, on peut voir en bas de la sculpture un chien, un serpent et un taureau qui tentent de boire le sang de la bête à corne, et contre qui Mythra doit lutter afin de les empêcher de tarir la source de vie et de renaissance de la terre et de la nature

     

    Les Saturnales, ou fêtes de Saturne, sont des festivités du 17 au 24 décembre chez les Romains pour célébrer le passage d'une année à une autre, en honneur au titan Saturne/Cronos (le père des premiers dieux olympiens gréco-latins), qui régna sur le Latium (en Italie actuelle) au temps de l'Âge d'Or, après qu'il eu été chassé du Mont Olympe par Zeus/Jupiter et ses frères, les fils du titan Saturne. Durant cette période de fêtes débridées, les hiérarchies sociales sont abolies, les esclaves prennent la place des maîtres et portent le bonnet phrygien (symbole de liberté et d'affranchissement chez les Romains, repris notamment par la Révolution Française et notre chère Marianne) et crient gaiement dans les rues "Bonna Saturnalia", ce qui signifie en Latin "Bonnes Saturnales" (c'est ainsi-que les Romains se souhaitaient "Bonne Année"). Un roi des Saturnales était élu au début de cette période, et ce dernier profitait de moult plaisirs durant 30 jours, après quoi il était tué au terme de cette période d'environ un mois, certainement pour rappeler le règne de Saturnes, qui a finalement été destitué par ses fils, surtout le dieu du tonnerre Zeus qui a pris sa place en tant que maître de l'Olympe (Mais si, rappelez-vous du générique de début de Age Of Mythology... comment ça je suis un geek?!? o.O).

    Yule et les racines païennes de Noël

    Tableau occidental datant très probablement des XVIIème/XVIIIème siècles, qui représente dans un style baroque un banquet des Saturnales romaines

     

    Cette fois, on va passer aux origines païennes qui ont le plus marqué la fête de Noël: les traditions germano-scandinaves. En effet, la plupart des symboles et des représentations de Noël et du Papa Noël rappellent bel et bien le Grand Nord, et surtout la culture scandinave: les vêtements chauds du Père Noël, le traîneau, les rennes, les elfes mais aussi le sapin, le gui et le houx... sans oublier la bûche! Le Père Noël vient à l'origine du personnage de la mythologie scandinave Jölnir, ou "Celui de Noël"/"Le Père de Noël" en Norrois. Or, Jölnir est l'un des nombreux noms ou "heiti" porté par le dieu Odinn (entre autre le Roi d'Asgard, dont je vous ai déjà pas mal parlé sur ce blog), dont l'apparence est d'ailleurs proche de celle du Père Noël moderne: barbe et cheveux blancs, vêtements chauds, cape (bleu pour le cas d'Odinn et du Père-Noël originel), chapeau au large bord (ou bonnet pour le Papa Noël) et monture "particulière": le cheval à huit jambe du dieu Odinn est un moyen de locomotion qui vaut bien le traîneau de rennes du Petit Papa Noël. De plus, comme le Père Noël la nuit de Noël, Odinn, d'après la mythologie nordique, traverse de part et d'autre le monde dans le ciel, afin de voir les différents "feux de camps" et comment se portent et se comportent les différentes familles établies autour de ces feux d'hiver, en chevauchant Sleipnir (le fameux cheval à huit jambes) lors de ce qui est parfois appelé la "Chevauchée Sauvage". Pour ceux qui ont faim, il leur offre une partie de son souffle afin de les nourrir... 

    Les enfants quant à eux se préparaient pour la nuit de Yule en laissant dans leurs chaussures ou dans leurs bottes des carottes, de l'herbe ou du sucre afin de nourrir le cheval Sleipnir dans sa course dans le ciel de Midgard avec Odinn. Pour remercier les enfants qui ont nourrit son cheval, le dieu leur offrait des cadeaux et des friandises qu'ils mettaient dans les chaussures et dans les bottes à la place de la nourriture offerte pour son cheval.

    Yule et les racines païennes de Noël

    Petit Papa Odinn (alias Allfader, le "Père de Tout")... Quand tu descendra du ciel... Avec tes jouets par milliers, n'oublie pas mes grands souliers (parce-que ça fait longtemps que les miens ne sont plus petits) ^^

     

    Dans d'autres versions du mythe lié à Yule, c'est le dieu de la vigilance Heimdall, qui est également l'ancêtre des trois grandes catégories sociales scandinaves (les Jarl (les nobles), les karl (les hommes libres) et les thrall (les esclaves)), chevauchait dans le ciel le soir de Yule accompagné des autres Aseir (dieux et déesses d'Asgard) rendre visites aux enfants des descendants de Jarl, le fils favori d'Heimdall et l'ancêtre des nobles scandinaves à qui il a donné son nom, afin de leur offrir des cadeaux. Dans la version celtique du mythe, c'est le dieu cerf Cernunnos qui mène la chevauché sauvage, ou Herne le chasseur cornu dans la version britonne (de "Britannia" ou Grande-Bretagne, à ne pas confondre avec la Bretagne "armoricaine"). Dans d'autres versions encore, c'est le Roi Arthur (Artus ou Artios, qui signifie "Roi Ours" en langage cetlique) qui est réputé pour mener de pareilles chevauchées dans le ciel.

     

    Yule et les racines païennes de Noël

    Heimdall d'après une peinture de Carl Emil Doepler de 1905

     

    En effet, des origines celtiques sont parfois associées à la fête de Yule. Effectivement, certains éléments de cette tradition sont également largement présents dans la fête de Yule, tel-que le gui, toujours vert (comme le sapin et le houx, également symboles de Yule puis de Noël), qui symbolise la vie éternelle et la renaissance de la vie et de la nature, même quand tout à l'air froid, sombre et mort. La symbolique des arbres et des plantes en général dans la fête de Yule/Noël sera abordé dans un autre article, afin d'alléger un peu celui-ci. Mais je peu dire aussi, en lien avec la mythologie celtique, qui l'animal emblème du Père-Noël est le renne qui tire son traîneau. Or, le renne est un cousin nordique du cerf (tout deux sont des mammifères de la famille des cervidés), et comme je l'ai écrit plus haut, la chevauchée sauvage du solstice d'Hiver était mené par Cernunnos le dieu-cerf, qui sera associé à Herne le Chasseur Cornu en Grande-Bretagne. Le fait que le traîneau du Père-Noël soit tiré par des cervidés ne serait-il pas en fait une survivance du rôle attribué au dieu-cerf celtique dans le déroulement de la fête du Solstice d'Hiver ou de Yule (les deux sont liés, et d'ailleurs Yule fêtait à l'origine le Solstice d'Hiver)?

    Yule et les racines païennes de Noël

    Cernunnos portant un sac rempli d'or, symbole de prospérité et de générosité, peut-être en partie à l'origine du Père Noël qui porte sa hotte pleine de cadeaux, qui sait? sarcastic

     

    La période de Yule commençait le 21 décembre, mais ne durait pas que cette journée, mais 12 jours, chacun d'entre eux symbolisant un mois: le premier jour symbolisait le mois de janvier, le second celui de février, le troisième mars, et ainsi de suite. Ces douze servaient de préparation à la future nouvelle année composée de douze mois. Ce temps de douze jour symbolisait la roue de l'année et, chose intéressante afin de soutenir ce propos, le nom Yule aurait une racine gothique qui signifierait "la roue". Il était interdit de filer durant la période des douze jours de Yule, car selon les croyances, cela risquait d'attirer la Femme de l'Autre Monde, à savoir la Grande Déesse des Germains Prechta ou la Déesse-Mère nordique Frig/Frigga. Toutes deux sont également des Fileuses et Tisseuses divines et parfois considéré comme des meneuses de la fameuse Chasse Sauvage de Yule... comme quoi ce rôle pouvait être dévolu à des entités féminines, certainement preuve de la place importante qu'occupait les femmes dans les anciennes sociétés païennes germano-scandinaves. Le mouvement du rouet devait donc s'arrêter de tourner durant cette période afin de ne pas agir sur la course de l'astre solaire renaissant, l'acte de filer rappelant l'acte créateur du monde dans ces mythologies.

    Yule et les racines païennes de Noël

    Représentation de la Déesse-Mère scandinave Frigga, également fileuse divine

     

    Avant de terminer cet article, je tiens à souligner que cette symbolique des douze jours correspondant chacun à l'un des douze mois de l'année se retrouve également chez les Celtes. Cette durée de douze jours correspond également à la distance entre l'année solaire et l'année lunaire (du d'après James Frazer). Enfin, douze jours, c'est également le laps de temps nécessaire à la mise en accord de l'année solaire et lunaire dans l'Hindouïsme. Enfin, le calendrier gaulois est également mi-solaire et mi-lunaire... tout ça pour suggérer une éventuelle origine celtique de la fête de Yule, ou en tout cas indo-européenne, puisque l'on retrouve des similitudes à ce niveau-là avec la tradition indienne. Cela dit, le calendrier maya est également mi-solaire et mi-lunaire. Comme quoi...

     

    Allez, un peu de musique dans ce monde de brutes, avec un morceau bien assorti avec la thématique de cette article, intitulé "Yule", que l'on doit au groupe de Pagan/Folk Metal russe Fferyllt biggrin

     

     

    Bref, je vais m'arrêter là pour cette fois, pour reprendre dans un prochain article dédié à la symbolique des arbres et des plantes du Noël païen, et plus particulièrement nordique.

    Voici mes sources: "La roue de l'année", texte écrit par le druide Michel Bigouin; "Yule, racines païennes nordiques de Noël" de Symboles Païens et Inscriptions Runiques sur Facebook et d'autres sources glanées dans les livres et sur la toile, que je vous laisserai le plaisir de découvrir par vous même.

    Donc sur ce, joyeux Yule avec un peu de retard et Bonna Saturnalia avec un peu d'avance. Que Mithra, Pheobus, Saturne, Odinn, Heimdall, Cernunnos et Frigga vous guide et vous protège vers la lumière et le réconfort en ces temps de ténèbres et de froidures. ^^

    Yule et les racines païennes de Noël

    ... And an Happy New Year ! ^^

     

     

     


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  • Commentaires

    1
    Laurent
    Mardi 12 Juillet 2016 à 20:27
    Merci pour cette article qui revient à la source de nos traditions
    2
    Béatrix
    Lundi 26 Décembre 2016 à 20:47

    Merci pour cette démystification. Cela fait énormément de bien à l'âme.

     

     

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